
On le lit souvent sur les réseaux : chaque ordinateur doté d'un processeur Intel cacherait un deuxième ordinateur, qui tourne même PC éteint et que la NSA pourrait ouvrir à distance. Une partie est vraie, et c'est Intel qui l'écrit. Une autre partie n'a jamais été prouvée. Voici huit affirmations et leurs verdicts.
Le deuxième ordinateur existe, la porte dérobée n'est pas prouvée. Intel décrit son moteur de gestion, le CSME, comme un petit processeur x86 avec sa propre mémoire, isolé du processeur principal. Sur les PC d'entreprise où la gestion à distance AMT est activée, il répond au réseau même PC éteint, tant que le PC reste branché. Il a eu une faille grave en 2017, et Intel en corrige encore en 2026. Mais aucune porte dérobée n'a été démontrée publiquement, ni chez Intel, ni chez Nvidia, ni sur les serveurs de Supermicro.
C'est Intel qui le dit. Dans la fiche technique de ses processeurs Core Ultra 200S, il décrit le CSME, son moteur de sécurité et de gestion, comme un petit processeur x86 autonome, avec sa mémoire, son moteur de chiffrement et ses entrées-sorties, isolé du processeur principal, selon la fiche d'Intel.
Il sert à authentifier le micrologiciel, au démarrage sécurisé et, sur certains PC, à la gestion à distance. En 2017, Andrew Tanenbaum, le créateur du système MINIX, a écrit qu'une version de son système tourne dans le moteur de gestion ME 11, dans une lettre ouverte à Intel.
RéalitéSur les PC d'entreprise de la gamme vPro, la gestion à distance d'Intel, AMT, permet de gérer l'appareil quel que soit son état d'alimentation, tant qu'il reste branché au courant et relié au réseau, selon le guide du développeur d'Intel. Sans connexion filaire ou Wi-Fi, AMT n'est pas accessible.
C'est fait pour les services informatiques, qui peuvent allumer, réparer ou réinstaller un poste à distance. Pour un PC grand public sans AMT, aucune source ne montre que le moteur répond au réseau quand l'ordinateur est éteint.
En partieC'est vrai. En mai 2017, Intel a publié l'avis INTEL-SA-00075 : la faille CVE-2017-5689, notée 9,8 sur 10, permettait à un attaquant sur le réseau d'obtenir les privilèges système des PC où AMT était configuré, selon Intel.
Intel précisait que la faille n'existait pas sur les PC grand public dotés du micrologiciel grand public. Les entreprises devaient installer la correction livrée par le fabricant de leurs PC.
Réalité, PC d'entrepriseC'est vrai. Le 11 août 2026, Intel a publié l'avis INTEL-SA-01372 sur une faille d'élévation de privilèges dans le micrologiciel du CSME, notée 6,8 sur 10, de gravité moyenne, selon Intel. La liste des puces touchées comprend des processeurs grand public, jusqu'aux Core Ultra récents.
Intel ne livre pas la correction lui-même pour chaque PC : il demande d'installer la dernière version fournie par le fabricant de l'ordinateur. Un moteur de sécurité reste un logiciel, avec des failles qu'on corrige.
RéalitéDeux pistes reviennent souvent. En 2017, les chercheurs de Positive Technologies ont trouvé un réglage caché, le bit HAP, lié au programme High Assurance Platform du gouvernement américain. Ce réglage désactive le moteur de gestion, il ne l'ouvre pas. Intel a répondu qu'il ne conçoit pas de porte dérobée et n'en concevra pas, selon The Register.
En octobre 2024, l'Association de cybersécurité de Chine, une association professionnelle, a accusé Intel d'avoir placé une porte dérobée dans presque tous ses processeurs depuis 2008, sans publier de preuve technique, selon The Register. Intel Chine a répondu qu'il resterait en contact avec les autorités et a rappelé l'importance qu'il accorde à la sécurité de ses produits, selon CNBC. Aucune analyse publique n'a montré de porte dérobée dans le moteur.
Aucune preuve publiéeLe 31 juillet 2025, le régulateur chinois d'Internet a convoqué Nvidia au sujet de ses puces H20, en citant des risques de repérage et d'arrêt à distance, selon son communiqué. Nvidia a répondu le 5 août que ses puces n'ont pas et ne doivent pas avoir d'interrupteur ni de porte dérobée, selon le blogue de Nvidia.
En décembre 2025, selon Reuters, cité par The Decoder, Nvidia a mis au point un logiciel facultatif, installé par le client, qui estime où tournent ses puces d'après les délais de communication avec ses serveurs. Nvidia le présente comme un outil de gestion de parc, en lecture seule, et répète que ses puces n'ont ni repérage matériel, ni interrupteur, ni porte dérobée, selon Nvidia.
Aux États-Unis, le Chip Security Act, qui exigerait de vérifier où se trouvent les puces exportées, a été adopté en comité le 26 mars 2026, par 42 voix contre 0. Il n'a pas été voté par la Chambre, selon le site du Congrès.
Aucune preuve publiéeBloomberg Businessweek l'a affirmé en octobre 2018. Apple a répondu n'avoir jamais trouvé de puce malveillante dans ses serveurs, et AWS n'avoir jamais trouvé de matériel modifié, selon Apple et AWS. Le département américain de la Sécurité intérieure disait n'avoir « aucune raison de douter » de ces déclarations, selon sa déclaration.
En 2021, Bloomberg a publié une suite, avec d'autres incidents racontés par des sources. Supermicro a rejeté ces allégations comme inexactes, et The Register note que personne n'a présenté de preuve publique de ces puces, selon The Register.
Aucune preuve publiéeC'est vrai, mais ce n'était pas une puce. En 2015, le logiciel Superfish, préinstallé sur des portables grand public de Lenovo, ajoutait un certificat racine compromis. Un attaquant pouvait lire le trafic web chiffré et se faire passer pour n'importe quel site, selon l'alerte de la CISA.
En 2017, Lenovo a conclu une entente avec la FTC, l'agence américaine de protection du consommateur : un programme de sécurité logicielle audité par un tiers pendant 20 ans, et le consentement du client avant d'installer ce genre de logiciel, selon la FTC.
RéalitéLa rumeur mélange trois choses : un composant réel et documenté, des failles réelles qu'on corrige, et des soupçons d'espionnage jamais démontrés. Les séparer aide à savoir quoi faire, chez soi comme au bureau.
| Ce qu'on lit | Ce que disent les sources |
|---|---|
| Un deuxième ordinateur dans le processeur | Oui : le CSME, un petit processeur x86 isolé, selon Intel |
| Actif PC éteint | Sur les PC vPro avec AMT, branchés et reliés au réseau |
| Faille de 2017 | CVE-2017-5689, 9,8 sur 10, PC d'entreprise seulement |
| Failles en 2026 | INTEL-SA-01372, 6,8 sur 10, correction par le fabricant du PC |
| Porte dérobée de la NSA | Aucune preuve publiée ; le bit HAP désactive le moteur |
| Interrupteur chez Nvidia | Démenti par Nvidia ; logiciel de localisation facultatif |
| Puces espionnes chez Supermicro | Démenti par Apple et AWS, aucune puce montrée |
| Superfish chez Lenovo | Réel ; entente avec la FTC en 2017 |
Savoir qu'un petit ordinateur tourne dans ton processeur, ça te rassure ou ça t'inquiète ? Et quelle preuve te ferait croire à une porte dérobée ?