
Trois publications ont beaucoup circulé sur X le 7 novembre 2026. La première affirme qu'un centre de recherche sur le cancer de New York a prouvé que le désinfectant pour les mains laisse entrer les cancérigènes 400 % plus vite, et que des entreprises ont payé 98 millions pour cacher l'étude. La deuxième, que nos mitochondries communiquent par la lumière et que nous sommes des êtres de lumière. La troisième, que l'on voit pour la première fois une plante respirer, donc que les plantes sont conscientes. Chacune part d'un fait réel. Voici ce qui tient.
Un fait réel, une conclusion ajoutée. Aucune étude ne montre le « 400 % » ni les « 98 millions » ; l'étude la plus proche, publiée en 2014, portait sur le bisphénol A des reçus de caisse. Des désinfectants contaminés au benzène ont bien été rappelés, aux États-Unis comme au Canada. Nos cellules émettent bien une lumière très faible, mais qu'elle serve aux mitochondries à communiquer reste une hypothèse. Et filmer les pores d'une feuille en direct ne dit rien d'une conscience.
Nous n'avons trouvé aucune étude de ce genre. La publication ne donne ni titre, ni auteur, ni revue, et ni le chiffre de 400 % ni un centre new-yorkais n'apparaissent dans les recherches faites le 8 novembre 2026.
L'étude réelle la plus proche vient de l'Université du Missouri, en 2014. Des volontaires aux mains encore humides de désinfectant ont tenu un reçu de caisse imprimé sur papier thermique : après 60 secondes, leur main portait 185 fois plus de bisphénol A qu'une main sèche. Après avoir mangé des frites, le bisphénol A montait dans leur sang et leur urine en moins de 90 minutes, selon l'étude publiée dans PLOS ONE.
Les auteurs rappellent que certains désinfectants contiennent des substances qui facilitent le passage à travers la peau, et qui peuvent multiplier jusqu'à 100 fois l'absorption de composés comme le bisphénol A. L'étude portait sur les reçus de caisse et sur quelques dizaines de volontaires, pas sur les cancérigènes en général.
Aucune étude trouvéeAucun document, aucune poursuite et aucun article ne parle d'un tel paiement. L'étude de 2014 sur le désinfectant et les reçus n'a pas été cachée : elle est en accès libre dans la revue PLOS ONE depuis le 22 octobre 2014, selon la revue.
Une étude qu'on prétend cachée, sans titre ni auteur, ne peut être ni lue ni vérifiée. C'est le premier signe d'alerte.
Aucune preuveC'est vrai pour certains lots. En mars 2021, le laboratoire américain Valisure a testé 260 produits : 21 dépassaient la limite provisoire de 2 parties par million de benzène fixée par la FDA, alors que Purell et beaucoup d'autres n'en contenaient pas de trace détectable, selon CBS News.
Au Canada, Santé Canada a analysé 40 désinfectants à base d'éthanol en 2021 : 25 n'étaient pas conformes et présentaient un risque pour la santé, et 15 demandes de rappel ont suivi, selon son rapport. En juin 2021, un lot du désinfectant Puricia a ainsi été rappelé pour du benzène et du méthanol non déclarés, à des niveaux élevés, selon l'avis de rappel.
Réalité, certains lotsNos cellules émettent une lumière ultrafaible, et les mitochondries, les centrales énergétiques de la cellule, en seraient la principale source. En juillet 2026, deux chercheurs néerlandais ont proposé que cette lumière aide à coordonner les mitochondries et le noyau de la cellule, selon leur article dans Frontiers in Photobiology.
Mais ce n'est pas une découverte : c'est un article de synthèse et de position, sans nouvelle expérience. Les auteurs écrivent eux-mêmes que bien des aspects restent hypothétiques et doivent être vérifiés par l'expérience, et ils qualifient leur modèle de spéculatif.
HypothèseLa lumière existe et se mesure. En 2025, une équipe de l'Université de Calgary a filmé cette émission chez des souris vivantes, nettement plus forte qu'après leur mort, et sur des feuilles, plus forte là où elles étaient abîmées, selon BBC Science Focus.
Mais cette lumière est de 1 000 à 1 000 000 de fois trop faible pour l'œil humain. Elle vient du métabolisme, comme une trace de l'activité des cellules. « Être de lumière » est une image, pas une conclusion scientifique.
Une image, pas un faitLa vidéo montre des stomates, les petits pores des feuilles qui laissent entrer le dioxyde de carbone et sortir la vapeur d'eau. On ne sait pas d'où vient cette vidéo précise. L'avancée récente la plus proche vient de l'Université de l'Illinois : son outil Stomata In-Sight filme les stomates en direct tout en mesurant les échanges de gaz, dans une chambre où la lumière, la température, l'humidité et le CO2 sont contrôlés, selon l'université.
La nouveauté, c'est de voir et de mesurer en même temps. Avant, on avait soit une image figée de la feuille, soit une observation sans contrôle de l'environnement. L'université parle d'un outil novateur, sans dire qu'on voyait les stomates pour la première fois.
En partieRien dans cette vidéo ne parle de conscience. Les stomates s'ouvrent et se ferment en réponse à la lumière, à l'humidité et au CO2, et le communiqué de l'Université de l'Illinois ne mentionne jamais la conscience.
La question divise des chercheurs. Ceux de la « neurobiologie végétale » prêtent aux plantes des facultés proches de l'esprit. En 2019, Lincoln Taiz et ses collègues ont répondu dans Trends in Plant Science que les plantes n'ont ni la structure ni le besoin d'une conscience, selon Sci.News. Voir une feuille respirer ne tranche pas ce débat.
Aucun lienLes trois partent d'un fait vérifiable : une étude sur le désinfectant, une lumière émise par les cellules, une vidéo de stomates. Puis elles ajoutent une conclusion que leurs sources ne tirent pas : une cachette à 98 millions, des êtres de lumière, des plantes conscientes. Séparer le fait de la conclusion suffit, la plupart du temps.
| Ce qu'on lit | Ce que disent les sources |
|---|---|
| Désinfectant : cancérigènes 400 % plus vite | Aucune étude ; l'étude de 2014 porte sur le bisphénol A des reçus |
| 98 millions pour cacher l'étude | Aucune trace ; l'étude de 2014 est en accès libre |
| Benzène dans des désinfectants | Vrai pour certains lots ; rappels au Canada et aux États-Unis |
| Les mitochondries communiquent par la lumière | Hypothèse, sans nouvelle expérience |
| Nous sommes des êtres de lumière | Lumière réelle, mais 1 000 à 1 000 000 de fois trop faible pour l'œil |
| On voit une plante respirer, une première | On voit et on mesure en même temps, c'est cela qui est nouveau |
| Les plantes sont conscientes | Aucun lien avec la vidéo ; débat ouvert entre chercheurs |
Laquelle des trois t'avait convaincu ? Et quelle question poses-tu, toi, avant de partager une découverte scientifique ?